4. La Révolution française
Pendant la Révolution française, le bienheureux Chaminade exerce son ministère dans la ville de Bordeaux. Il se rend à l'évidence que pour lui un retour à Mussidan est impossible. En effet le collège Saint-Charles fut nationalisé.
Avec le déclenchement de la Révolution, en 1789, et les lois anti-cléricales qui suivirent rapidement, il devint impossible pour Guillaume-Joseph Chaminade de rester à Mussidan. L’école fut nationalisée et les prêtres, dispersés. Les frères Chaminade prirent position contre le gouvernement en rejetant le serment à la Constitution civile exigé de tout le clergé. Ils furent parmi les nombreux opposants qui pensaient que le serment coupait le clergé français du pape et plaçait l’Église catholique sous la coupe d’un gouvernement areligieux, et qui allait bientôt se montrer violemment anticlérical.
Guillaume-Joseph se rendit à Bordeaux, où il installa ses parents. Il était plus facile pour lui de passer inaperçu dans cette ville affairée qu’à Mussidan. Membre d’un clergé clandestin de plus en plus nombreux il continua son ministère sacerdotal à Bordeaux. Peut-être espérait-il que la tempête passerait rapidement et qu’il pourrait retourner à Mussidan. Mais avant la fin de la décade, il avait compris qu’il n’y aurait plus de retour possible pour lui.
Pendant que la violence révolutionnaire frappait de toutes parts, particulièrement durant la Grande Terreur, Guillaume continuait son ministère, risquant à tout moment la guillotine. Il se dépensait au service des fidèles de Bordeaux sous divers déguisements, vivant tantôt dans des cachettes tantôt au grand jour, pendant les moments de répit que laissait la pression du gouvernement, occupé à démanteler et à démembrer l’Église. Chaminade jouait un rôle clé dans le clergé clandestin, ce qui lui valut la confiance et le respect de la part du vicaire général de l’archevêque, Mgr de Cicé, en exil à Londres. Chaminade gardait le contact avec le clergé et avec les laïcs, faisant des baptêmes, célébrant des mariages en cachette, prêchant des retraites, visitant des malades et des mourants; il se lançait dans toutes sortes d’opérations financières pour secourir le clergé clandestin – autant d’activités interdites par le gouvernement révolutionnaire.
Avec l’intention de renforcer l’Église face à un avenir incertain, il contacta et organisa de petits groupes de laïcs engagés: des hommes et surtout des femmes, d’anciens religieux et aussi des jeunes bien décidés qui désiraient préserver et partager leur foi dans des circonstances fort semblables à celles des premiers siècles de la chrétienté. Il y avait surtout parmi ces personnes, une femme particulièrement courageuse et efficace, Mademoiselle Marie-Thérèse Charlotte de Lamourous, qui restera sa plus proche collaboratrice jusqu’à sa mort, quarante ans plus tard. Caché par beaucoup de familles fidèles et prêtes à risquer leur vie, fortifié par sa propre vie de foi et de prière et soutenu par une indéfectible confiance en Dieu et en la protection de Marie, Guillaume-Joseph réussit à échapper d’innombrables fois à la police.
