5. L’exil
En 1797, Chaminade fut surpris par un revirement soudain de la police gouvernementale. Par erreur, la police inscrivit son nom sur une liste d’émigrés rentrés sans autorisation en France et il fut obligé de quitter Bordeaux.
Il partit pour l’exil, parmi des milliers d’autres prêtres français dont deux de ses frères: Blaise, parti en Italie et Louis, en Espagne. Au terme du délai consenti pour quitter le pays, il rejoignit la frontière la plus proche et se rendit en Espagne. Il resta trois ans durant à Saragosse, au milieu de centaines d’autres prêtres français, qui, dans la mesure du possible, exerçaient leur ministère auprès des Français en exil, priaient, réfléchissaient, discutaient, se préparaient à un retour dans leur patrie à la fois espéré et incertain. Par des correspondances clandestines et avec l’aide de voyageurs dignes de confiance, tout ce monde se tenait au courant de ce qui se passait au pays. Entre eux, pendant ce temps, ils discutaient pour préparer la rechristianisation de la France. Le rêve de Mussidan n’était pas mort mais il allait se réaliser à Bordeaux et prendre des proportions que le jeune Chaminade n’aurait jamais imaginées.
À Saragosse, Chaminade vit plus clairement quelle serait l’œuvre de sa vie et il décida de s’y consacrer: à savoir, assister la Mère de Jésus dans sa mission permanente de donner son fils au monde et de l’y rendre vraiment présent. Il approfondit dans l’oraison le mystère de la relation existant entre Jésus et Marie. Il entrevit de plus en plus clairement comment il pourrait participer lui-même à la vie et à l’œuvre du Christ, fils de Marie, et comment tous les chrétiens, frères du Christ et fils de Marie en lui, devraient également prendre part à sa mission. Devant la statue de Notre-Dame del Pilar, Chaminade saisit plus clairement l’étendue et la beauté de la mission apostolique de Marie et entrevit les formes concrètes que cela pourrait prendre, s’il lui était donné de rentrer en France…
