6. Le retour
Après trois ans d'exil, Chaminade retourne au pays. Trois ans durant lesquels, il a réfléchi avec d'autres à la situation de son pays et aux moyens à mettre en œuvre pour "rechristianiser" la France. Il se pose alors la question: où s'établir?
Il retourna de fait en Francne en novembre 1800, grâce à l’avènement de Napoléon et il trouva un pays spirituellement à terre. Pendant près d’une décennie, le peuple français n’avait plus reçu d’instruction religieuse et la pratique religieuse était tombée très bas. Les enfants avaient grandi sans voir de prêtre et sans célébration régulière des sacrements. Les jeunes avaient été soumis à la pression d’une culture antichrétienne ou athée et n’avaient guère pu trouver d’encouragement pour leur épanouissement spirituel; les personnes plus âgées s’étaient trouvées isolées, avaient été persécutées et dispersées, dans un climat de méfiance et de suspicion.
La tâche était donc énorme: il fallait reprendre contact avec les chrétiens convaincus, les regrouper dans des semblant de communautés – pour remplacer les paroisses pratiquement inexistantes, et pour les encourager dans leurs efforts à mener une vie chrétienne sans peur ni honte.
Pour des raisons qui nous échappent, Guillaume-Joseph choisit de retourner à Bordeaux plutôt qu’à Mussidan. Son ancienne école avait été saisie par le gouvernement, divisée en trois parts et vendue. Il n’y avait donc pratiquement pas d’espoir de pouvoir renouer avec le rêve de Mussidan d’avant la révolution. À Bordeaux, par contre, Chaminade avait noué des contacts avec le clergé aussi bien qu’avec les laïcs, pendant les années de persécution. Il les avait entretenus depuis Saragosse, pendant son exil, et il pouvait compter sur ces personnes une fois de retour au pays. À part quelques déplacements pour diverses affaires et un second exil de cinq ans à Agen consécutif à la Révolution de 1830, Chaminade allait passer le reste de sa vie dans la ville portuaire de Bordeaux.
Aussitôt après son retour, en 1800, il reprit contact avec divers amis, collaborateurs et disciples qu’il avait connus pendant les années de clandestinité dans la ville. Il ouvrit un petit oratoire dans une maison particulière. Certaines paroisses étaient au point zéro, dans d’autres régnait le désordre et beaucoup demeuraient sans prêtre. La communauté fondée par Chaminade, la Congrégation de l’Immaculée Conception (la Congrégation de Bordeaux), n’était pas une entité territoriale. Elle regroupait des personnes provenant de tous les quartiers de la ville. Beaucoup de membres y trouvaient une vie quasi paroissiale, une vie qui leur avait manqué pendant de nombreuses années.
